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House of Winter

Cassandra’s Semtex

Pour une vision troyenne du « bien public » face au Droit d’Auteur

 

« Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le bonheur de tous les hommes, c’est celui de chacun. »
Boris Vian

 

Le métier d’écrivain — et d’artiste en général — n’est pas une promenade dans un jardin de roses. C’est peu de le dire.

Il n’y a que ceux qui ne le pratiquent pas, pour tout dire, qui considèrent cette activité comme pleine de lustre, d’avantages, et digne d’être convoitée.

Il convient sans doute ici de dresser en préambule deux distinguos cruciaux :

– « Écrire » vs « publier »

– « Vouloir être un artiste » (chantons un peu de Starmania, ici ?) et.. « en être un ».

Nous commencerons par le second, l’un menant naturellement à l’autre. Il existe bien des sortes d’artistes, évidemment, autant qu’il y a d’individus, peu ou prou. La motivation qui mène à embrasser cette activité, et les « carrières » qui y sont associées est un critère de premier plan pour les bien distinguer.

Publier pour être « vu » / « reconnu » / « apprécié »… « célèbre » est souvent avancé par les néophytes en la matière, qui poussent d’ailleurs la confusion jusqu’à dire que les écrivains écrivent pour de tels motifs. Cette motivation (dont je ne prétend pas qu’elle n’a pas d’existence factuelle) correspond au niveau « débutant » de cette opération. Et même ainsi, il y a bien sûr, dans les replis de cet origami, beaucoup plus à déceler, pour qui n’est pas absolument imperméable aux sciences de la psychologie. Un auteur, quel que soit son état de griserie premier lors de son contact avec l’approbation publique, et toutes les illusions qui accompagnent cet état, revient très rapidement à la réalité. Il réalise que rien n’est plus fluctuant, imprévisible, absurde que cette faveur-là. Il continue parfois à y accorder un peu de valeur bien malgré lui, et sans, souvent, comprendre pourquoi.

La réponse à cette énigme est à rechercher, à mon sens, non dans la littérature mais dans la musique Rock / Pop. L’un des grands thèmes portés par l’Angst qui nourrit le Rock se résume à cette question crucifiante : « Suis-je réel ? Est-ce que j’existe ? » Si nul homme « n’est une île », c’est qu’il a besoin du regard d’autrui pour rendre tangible sa propre réalité à ses propres perceptions.

Cette interrogation, rapidement jugée infantile par les esprits les moins éveillés, est pourtant ce qui nous prouve que certains intellects, de façon instinctive, ressentent et intègrent la réalité telle qu’elle est : c’est à dire quantique. La réalité concrète n’existe pas. Nos sciences, en grande partie, sont fausses. Si on ne corrige pas nos programmes d’école, à présent que la suprématie des thèses quantiques est avérée, c’est que l’on pense — sans doute à juste titre — que la plupart des humains seraient incapables de supporter le « vrai visage de la réalité ». Cette angoisse de ne pas être réel est aussi fondée que la peur du noir, telle que démontrée par les dernières découvertes en matière de neurologie ET Astrophysique (aller / retour ; macrocosme / microcosme) concernant les ELF (extremely low frequency photons). Tout est onde, tout est fréquence. Tout est donc écho, et rebond des ondes que nous envoyons — ou que nous sommes — sur des matériaux réflecteurs.

 

Reflécteurs…….. Ref…. lecteurs.

La formule semble taillée d’office pour la littérature ! Et pourtant, c’est un leurre, comme tout le reste.

Car tout auteur apprend très vite que, quel que soit le degré de clarté qu’il essaie d’infuser dans ces phrases, il ne sera jamais vraiment intelligible. Et que rechercher un écho exact de son « soi » qui lui permette de s’auto-vérifier est une quête vaine.

Très vite, alors, il voudrait ne plus envoyer d’échos du tout, de peur que les murs ne lui retournent une image de lui-même assez distordue pour qu’il en devienne  irrémédiablement fou.

A ce stade il se demande alors… « pourquoi est-ce que je continue ? ». C’est là une question qui doit être posée, certes ! Et un certain nombre, d’ailleurs, y répondent en cessant. Car c’est effectivement l’option raisonnable, et conforme aux mécanismes de survie prévus par la Nature.

Mais un certain nombre continue, inlassablement, à jeter des mots sur la papier. Si on demande à ceux-là « pourquoi ? », ils répondent avec une certaine dose de légitime angoisse : « parce que je ne peux pas m’en empêcher. »

Pour certains êtres, écrire (peindre / composer / chanter….) est une fonction vitale comme une autre. Ils font ces choses parce que (pour reprendre les termes de Jessica Rabbit)… « ils ont été dessinés comme ça ». Ils en ont besoin.

Lorsque ces artistes ne livrent pas au public sa dose annuelle, les ignorants disent alors : « il / elle a cessé d’écrire ». Cette confusion entre écrire et publier, entre créer et « montrer » est la pierre de fondation d’une grande partie des incompréhensions concernant l’art.

La psyché des artistes, et la façon dont le public la perçoit, est l’un des plus grands paradoxes de la race humaine. Ces êtres « extrêmes » fascinent, et on a consacré, en psychologie et sociologie, pléthore d’ouvrages savants à leur spécificité. Cette bizarrerie est charmante lorsqu’il qu’il n’est question que du plaisir à découvrir et consommer leurs œuvres. Elle devient l’objet de critiques, moqueries ou déni, dès qu’il est question de la commercialisation de leurs travaux.

En résumé, on leur demande d’être des derviches tourneurs lorsqu’ils créent (et d’entraîner leur public dans ce tournoiement mystique), mais de se conduire en comptables et fonctionnaires quant à la partie « commerciale » de leur activité. Ceci au mieux. Parce que le plus souvent on leur réclame, à contrario, d’endosser une posture d’amateur et de bénévole !

Je n’ai jamais compris ce paradoxe, pas plus que je ne saisis cette étrange mécanique qui veut que l’on traite certaines personnes de titans ou de génies, pour les accuser de prétention et de mépris dès qu’ils ne se montrent pas crassement modestes et surtout… serviles. On les vénèrera, pour certains, on glorifiera leur talent ou intelligence de façon souvent fanatique, à condition qu’ils répondent « je dois tout à mon public. Mais non, mais non : moi je ne suis rien. »

Tous ceux qui, comme moi, auront étudié les processus de « bouc émissaire » et de catharsis, notamment au travers de la fonction du « héros » dans l’antiquité grecque, et des théories de René Girard, n’en seront pas particulièrement surpris. Mais, comme en toutes choses, il y a loin de la théorie à la… pratique.

Pourquoi, parvenus au terme de ce chemin initiatique, continuer à publier, alors ?

Pour les mêmes raisons que ci-dessus, en jolis dominos dégringolants : les « vrais » artistes le sont par Nature. Leur Muse est tyrannique, et leur psyché particulière. Ils ne savent faire que cela : produire des rêves. Or, il se trouve, par chance, que ces rêves sont de quelque utilité, correctement mis en boîte, pour ceux qui aiment (ou ont le besoin) de consommer des rêves.

Ils publient, alors, ils exposent, ils enregistrent des albums, oui. Parce qu’en faisant de ce qui leur est naturel et nécessaire un « métier », ils peuvent se livrer complètement à cette pratique. Ils n’ont pas à donner les 3/4 de leur temps à un  travail alimentaire qui finira par les éroder lentement, ou les envoyer au suicide. Ils n’ont pas à se rabougrir dans des cadres qui n’ont pas été prévus pour eux. Ceci ne constitue pas un jugement de valeur : les artistes ne sont pas supérieurs aux autres ; ils sont seulement différents. Ils procèdent, si l’on se réfère aux « Trois Fonctions » (dans la société) théorisées par Dumézil, de la caste des prêtres. En endossant et embrassant ces excès et extrêmes, ils tiennent dans la société le rôle de soupape, et de convoyeur d’émotions fortes « sécurisées ». C’est là leur rôle, leur fonction, leur utilité. Mais cela les rend, assez souvent, inadaptés à la plupart des métiers disponibles sur le marché.

 

« Les civilisations primitives ont toujours, et d’instinct, respecté celui qui est fou. »

Le Motorcycle Boy (Rumble Fish / Rusty James)

 

L’art a toujours suscité le désir.

Il y a aussi pléthore d’ouvrages concernant cette sphère particulière, et capitale, de la psyché humaine : le désir.

Toutes nos pathologies mentales et sociales sont issues de ces désordres, ou interfèrent avec, d’une façon ou d’une autre.

Le système de survie des animaux que nous sommes nous incite à être cela : des êtres de désir. Des êtres insatisfaits. C’est cela qui nous fait avancer, chasser, progresser, inventer et… être les monstres que nous sommes. Nos désirs ont infinis, et ne sont dépassés que par deux choses :

– la capacité des manipulateurs à en user contre nous afin d’obtenir le fruit de leur désir.

– l’inventivité acrobatique dont nous faisons preuve dès qu’il s’agit de justifier notre boulimie par quelque prétexte vendable (que nous nous vendons en premier lieu, toujours, à nous-même).

Les sciences morales, l’éthique, la déontologie, n’ont pas été inventées pour rien. Nous en avions, dès l’origine, un besoin vital, tant nous sommes incapables, même dotés de conscience, de réguler nos propres impulsions.

Pour ce faire, nous ne reculons devant aucune énormité. Il suffit de voir que longtemps, les cours de justice n’ont pas rechigné à accepter l’idée que des femmes avaient mérité de se faire violer puisqu’elles « portaient des vêtements provocants » (et donc = « l’avaient bien cherché »). Susciter le désir est un crime. Et cette croyance est aussi vieille que l’humanité. On se penchera avec profit, concernant la mécanique de « l’envie » sur le folklore très répandu du « mauvais œil ». Le mauvais œil, c’est l’envie, la jalousie, le regard vorace et frustré d’un tiers sur ce que nous possédons alors qu’il pense en être (injustement) privé. Le ver qui nous gangrène et tue le monde depuis l’origine, ce n’est, à mon sens, que cela : l’envie.

L’envie mène à la petitesse, la petitesse mène à la justification de l’injustifiable par montages mafieux. Ces montages mafieux mènent au Côté Obscur. Le Côté Obscur se caractérise par l’axiome « plus rapide, plus facile, plus séduisant ». J’ajouterais qu’il finit toujours par faire noircir les dents de celui qui le pratique (comme l’Empereur Palpatine le démontre) et à correctement gruger ceux qui sont tombés dans son panneau.

C’est une escroquerie, toujours montée par un  groupe au détriment du plus grand nombre, sous prétexte (toujours aussi) de favoriser le plus grand nombre.

La tactique de « l’intérêt public », du « bien commun » est l’une des plus anciennes et éculées qui soient. Sa validité ne résiste pas à un examen, même superficiel, de l’histoire.

C’est un mythe. Mais un mythe dangereux, et efficace, puisqu’il capitalise sur la seule partie de notre constitution que nous ne pouvons abolir totalement : notre biologie. Le terrible et magnifique « système de satisfaction » (et notamment dopaminique) ficelé par mère Nature pour faire de nous des survivants, et des « actifs ». Nous sommes programmés pour chercher la satisfaction, pour rechercher le plaisir, pour étendre nos territoires… pour voler le voisin. Si la conscience, et la différenciation entre le Bien et le Mal nous est donnée (plus ou moins) à tous, son  exercice ne peut être le fruit que d’un travail violent sur soi, et d’un examen sans concession, au jour le jour, de nos propres actes, et pensées.

C’est, de mon point de vue, la plus haute réalisation que puisse briguer un être humain. C’est aussi, oui, la plus difficile à parachever, même en partie.

Le concept de « bien public » (et synonymes) a toujours proliféré en période de crises majeures. Des périodes troublées, telle que celle que nous vivons actuellement.

On promet au peuple de le satisfaire. Du pain, des jeux, des illusions d’auto-détermination et de pouvoir démocratique… C’est ainsi, dans les stades pré-explosions civilisationnelles, que l’on essaye de neutraliser les probables poussées révolutionnaires. On dit au peuple : « vous êtes notre Cause. Nous vous aimons. Nous vous donnerons tout ce que vous voudrez ». Et ce que le peuple veut c’est : des gladiateurs dans l’arène, du vin, des cris, de la violence, et se gorger de matière-à-plaisir sans prévoir le lendemain, ni s’interroger sur l’état de son âme. Soulager les tensions par procuration, et surtout (surtout) ne plus penser / s’inquiéter, s’alarmer.

On vous promet de l’art, accessible à tous, accessible soi-disant pour rien. Mais ce que l’on vous destine, ce n’est pas de l’art, et encore moins de la culture. C’est un portrait de Dorian Gray, produit en usine, en quantité suffisante pour que chacun puisse posséder son exemplaire, et s’imaginer en être le modèle. Et tandis que le public serinera en boucle les formules ficelées pour lui par ses manipulateurs, et prétendra à contempler sa bonne mine dans le miroir, le portrait, relégué au grenier, endossera les traces des crimes, des vices, des hypocrisies. Quelle affaire !

C’est là ce que le projet ReLIRE, conçu par l’Etat, a commencé à faire. Et c’est ce que les idées Commonistes continuent à bâtir, à plus vaste échelle.

Les deux se fondent sur cette idée merveilleusement démago : le public a des droits.

– Ces droits consistent principalement en un « accès absolu et à la culture ». C’est à dire à tout ce qui a été produit, que ce soit dans le « domaine public ou pas », que des droits soient détenus par un ayant-droit vivant, ou pas.

– Ces droits du public sont supérieurs à ceux que le créateur lui-même détient naturellement sur son œuvre.

 

L’abomination de ReLIRE, c’est d’inféoder la protection de l’art à une utilisation commerciale.

L’abomination du Commonisme c’est de prétendre qu’un créateur n’a aucun droit sur sa propre création.

Bien sûr, ici, certains porte-paroles à ambitions politiques viendraient facilement protester que « mais non mais non, nous n’avons jamais dit aucun droit« . Bien sûr. De même le Front National, très régulièrement, nous affirme ne pas être un parti raciste. Les politiques (science notoirement menteuse) disent ce qu’ils veulent : les faits demeurent.

 

Qu’est-ce qui est blanc comme une page, noir comme de l’encre, rouge comme le sang et qui tourne à toute vitesse ?

(Non, pas Blanche-Neige dansant avec les 7 Nains !) : un auteur dans un (re)-mixer

(pastiche de blague populaire — j’assume)

 

Sous prétexte de favoriser l’émergence d’un  monde / système / ordre nouveau, et notamment de secouer l’emprise certes épouvantable des grandes puissances éditoriales sur le marché de l’art les Commonistes invalident purement et simplement les fondements du droit d’auteur. C’est à dire : le principe « d’originalité » de l’œuvre.

Leur credo est qu’il n’existe pas plus d’œuvre d’art que de créateurs d’œuvres d’art (alias artistes). Qu’une œuvre « nouvelle » n’est toujours qu’un « remix » = l’agrégat de tout ce que le (soi-disant) auteur a pu lire, écouter, voir au cinéma et à la télé, etc. Bref, une somme « d’influences », englouties, digérées et recrachées sous une forme non nouvelle, mais constituant simplement une variante à la Frankenstein des œuvres qu’il aura consommées. Et les voilà qui se félicitent de se voir eux mêmes comme une cohorte de contrefacteurs, et d’envisager tout et tous de même.

Ils ont oublié UNE influence, et non des moindre : la vie.

L’existence, l’expérience, le vécu des êtres qu’ils envisagent comme de simples tubes digestifs, et l’incidence de cette dimension sur la création de l’individu en question. À côté de cet aspect, pourtant, le reste est un détail dérisoire. On a vu de grands artistes analphabètes et incultes. On n’a, par contre, jamais vu de clones élevés dans des cubes de 2 m sur 3 accoucher de sommets intellectuels ou artistiques. Thoreau et Emerson n’auraient jamais chanté la nature comme ils l’ont fait s’ils n’avaient pas expérimenté la nature. De même que Whitman, Hemingway et même Tolkien ont transcrit dans leurs œuvres ce que la guerre leur a infligé. Des guerres qu’ils ont vécues. Il y a pourtant, sur la base d’un même pathos, des lieues entre Pour qui sonne le glas, Le Seigneur des anneaux et les poèmes de Whitman. Et des lieues tout autant entre l’expérience militaire de J.R.R. Tolkien (son vécu) et ce qu’il en a fait en fantasy (transposition métaphorique). Cette différence, bien sûr, c’est le « filtre » que constitue l’auteur, et la façon dont sa psyché a réagi face à cette expérience. Bref, ce que chaque auteur a fait de ce qu’il a expérimenté, selon la façon dont son esprit est construit. C’est une évidence ? Oui. Bien sûr. Mais ce n’est pas, pourtant, une évidence pour tout le monde. Cela ne l’est manifestement pas pour des enfants occidentaux qui, même ayant atteint la quarantaine, n’ont jamais rien expérimenté de la guerre sinon au travers de jeux vidéos, et qui en viennent à s’imaginer qu’il suffit de lire Hemingway, Tolkien, et d’avoir joué à quelques « Doom-like » pour pouvoir mixer tout cela, et le recracher sous forme d’œuvre crédible.

On se trouve ici devant ce que la génération « No Life » peut donner, dès qu’elle se met à théoriser sur autre chose que le monde virtuel. Un tissu d’absurdités qui ne peut être admis que sur un principe d’indulgence opportuniste.

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Tout est remix, donc ?

Bien sûr. Y compris… nous.

Vous, moi, eux, chaque enfant humain n’est que cela, au final : le remix de son père et de sa mère, et de toute la longue chaîne généalogique en amont. Une recomposition erratique de chromosomes et de cellules en X versions (les frères et sœurs) sur la base d’un prélèvement plus ou moins 50/50 (papa / maman) de patrimoine génétique.

Un enfant ne serait donc pas un individu ? Il ne serait qu’un « remix » de ses parents ? Rien ne saurait être moins vrai, et Dieu merci ! Cela nous ferait naître, grandir, et demeurer esclaves, dépourvus ad vitam æternam d’identité propre, et condamnés à répéter de simples variantes de l’histoire familiale. Tout démontre au contraire que, bien que ce joug soit présent, la majeure partie d’une vie humaine vise à s’extirper justement de ce terreau, et à acquérir ce bien précieux : l’indépendance.

Nous voulons être uniques, nous différencier, nous distinguer, ne pas être un simple visage dans la foule. C’est un instinct naturel, que l’on peut exprimer et réaliser de bien des façons. Les humains n’ont pas été conçus pour vivre en ruche, dans ce principe de « mise en commun des idées et énergies » que favorisent les Commonistes. Tout notre parcours politique le prouve, au premier chef ce qu’il est advenu des idéaux Communistes, in vivo.

Tous les systèmes bâtis sur cette idée populiste de « bien  public / commun » ont fini de la même façon, dès qu’ils en eurent l’occasion : en dictature. Il y aura toujours, même dans des idéologies mieux pensées, et très certainement sincères au départ, ce travers pour ainsi dire automatique : le « bien de la masse », c’est toujours une petite élite qui en tire son bénéfice au final. Et elle déguste du caviar dans ses datchas pendant que le peuple crève de faim dans les rues.

La remise en question du droit des idées / propriété intellectuelle est toujours allée de pair avec les principes fondamentaux de ces mouvements politiques qui nous confondent avec des abeilles. Il suffit d’observer le traitement des intellectuels durant la « révolution culturelle » de Mao Zedong en Chine, n’est-ce pas ? Le bastion des idées est l’un des plus irréductibles, toujours. C’est pourquoi tous les grands systèmes dictatoriaux ont su qu’il fallait le saper en priorité.

Les « intellectuels », c’est connu, ne travaillent pas. Ce sont des parasites. Il convient donc, comme Mao le fit, de les envoyer biner les champs à la campagne, pour leur apprendre à se rendre utiles à la société.

// Une précision s’impose ici peut-être, avant que les amateurs de raccourcis et de leurres n’essayent de faire dévier cette route : je suis une gauchiste. Je ne représente pas ici les intérêts du « grand (Satan) Capital ». Je suis résolument, et sans faille, une femme de Gauche. Je le suis parce que j’estime que nous ne sommes pas prêts pour le Libéralisme. Que nous sommes, pour la plupart d’entre-nous si infichus de faire preuve de solidarité lorsque nous en avons les moyens qu’il faut bien nous y obliger à coups de pied au…. Même si le Libéralisme pur (pas l’infect Capitalisme) est l’option la plus à même d’aboutir à une économie pérenne, par l’encouragement des forces vives (notamment invention et entreprise) de la société, cela ne peut constituer une option saine. Nous ne sommes pas prêts, non, hélas, pour le Libéralisme ou (mieux encore ?) l’Anarchie. Alors dans l’intervalle, oui, je suis de gauche. Très. Faute de mieux.//

L’auteur, donc, (nous disent ceux qui n’ont aucune expérience personnelle de ce métier), ne travaille pas. On peut éventuellement lui faire l’aumône d’un « revenu de base » et consentir à lui laisser quelques droits sur sa création pour un  temps limité, mais pas lui octroyer le bénéfice des droits d’auteur (dans la durée), ni au titre patrimonial, ni à celui du droit moral.

Le ridicule ne tue pas mais, (pour paraphraser un certain adage concernant l’argent)… il y contribue !

Je ne me permettrais jamais d’émettre un avis péremptoire et méprisant sur la pénibilité d’un métier que je n’ai jamais pratiqué. Ce serait d’un vulgaire et d’un imbécile achevé. J’aimerais assez que des amateurs n’ayant jamais fait des recherches de vingt ans pour un roman me rendent la politesse. Ne serait-ce que pour ne pas donner aux  aux « intellos » (ces dilettantes) l’impression qu’on les force à débattre dans une classe de CP, hm ?

J’ai entendu dernièrement un ‘opposant’ affirmer en public, avec le sourire : « Mais… je suis un  auteur ».

Si je pensais que la question puisse mener à quoi que ce soit (à part une envie de biture) je lui aurais bien demandé sa bibliographie, ou sa définition  exacte du mot « auteur ». Selon les critères Commonistes, après tout, un contributeur à Wikipédia est un « auteur ».  Ledit contributeur pourrait même représenter un modèle parfait de ce qu’un auteur, d’après eux, devrait être : une personne qui compile diverses informations, d’après divers articles, dont il tire une synthèse. Une disserte de philo en terminale, donc : thèse, antithèse, sources citées en nombre, et… pas une once d’avis ou d’ajout personnel, sans même parler d’interprétation éclairée ! Assortissons cela d’un aspect « collaboratif », avec possibilité pour à peu près n’importe qui d’altérer le travail effectué et là.. oui, en vérité, nous avons exactement le modèle de l’Homo Literatus Collectivus rêvé par les chantres des « Commons ».

Sauf que, bien sûr, on ne fait pas de soi un  auteur en rédigeant une dissertation de philo en terminale. Et pour écrire un article de non-fiction en revue il faut apporter une théorie ou un traitement nouveau. Et là, oui, certes, on peut se qualifier d’auteur. Ce qui caractérise — et ceci tout à fait volontairement — une entreprise commune / commone / commoniste comme Wikipédia c’est qu’on peut la lire de A à Z sans y trouver une seule idée nouvelle, ou analyse inédite. C’est d’ailleurs logique pour un projet à vocation encyclopédique. Mais j’y vois toutefois la préfiguration de ce que seraient les productions littéraires sous des lois Commonistes, tant le culte du « tout est remix » s’y prête naturellement. Auquel cas, c’est une évidence, l’ennui pourrait atteindre, dans les salles de bibliothèque, des sommets assez élevés pour nous terrasser tous !

Apple, marque ayant jadis reçu tous mes suffrages (et budgets pour mon — monstrueux — matos informatique) emprunta récemment la voix du regretté Robin Williams dans Le Cercle des Poètes Disparus pour nous demander « quelle sera votre rime ? ». La publicité, plutôt bien fichue comme fort souvent c/o Apple, nous incite à penser que ces rimes peuvent être multiples, différentes, et que, bien entendu, chacun a la sienne. Que le matériel qu’elle fournit n’est là que pour nous fournir les outils pratiques pour cette manifestation.

Oui, bien sûr. Comment ne pas approuver un tel concept ? Mais si l’informatique nous procure de merveilleux outils pour assister notre créativité, elle n’y supplée pas. Et si l’on peut accéder sur tablette ou téléphone mobile à des instruments de musique virtuels plutôt fascinants, on ne nous propose pas encore l’orgue de L’Écume des jours ou, mieux/pire encore, le « piano à écrire des bouquins » de la série Chapeau melon et bottes de cuir.
Chacun « a sa rime », effectivement, mais faut-il encore qu’elle soit la sienne propre, et non un exercice de cadavre-exquis non-assumé, consistant à associer des morceaux de phrases et d’idées piochées ailleurs jusqu’à en faire un montage-légo qu’on tiendra pour sien. Ou de se faire « musicien » à coups de loops gratuits fournis dans Garage Band (logiciel made in Apple, justement).
Agglomérer des extraits d’un ou de plusieurs autres ne tient pas lieu de véritable manifesto, et ne peut en tout état de cause prétendre à un label artistique ou « d’auteur ». Rien n’empêche, évidemment, des individus de faire ce choix, et de constituer des florilèges, ou des articles collectifs façon Wikipedia. Dans ce dernier cas, ce serait particulièrement ironique, dans la mesure où le parti-pris de Wikipedia est l’effacement des rédacteurs dans le bourdonnement de l’industrie commune.
Prétendre à ériger cette option en loi pour tous, et d’autant plus sous prétexte d’un fallacieux « bien commun », est absolument outrageux. C’est prendre les lecteurs et les aspirants artistes pour des imbéciles sociopathes, et les artistes pour leurs victimes désignées.

D’une façon ou d’une autre, il serait suicidaire pour tout être aspirant à construire une œuvre individuelle, manifestation tangible de ses propres personnalité, pensées et opinions, sensibilité particulière et imagination, de tomber dans la trappe d’une idéologie où l’effacement du « je » derrière le « nous » est fondamentale.
Et tout ceci pour quel bénéfice ? Simplement le libre accès au travail d’un ou plusieurs autres, lorsque nos propres ressources s’avèrent insuffisantes. Pour donner libre cours au désir, en oubliant que, si d’aventure on parvenait à faire de soi un auteur, on signerait pour être utilisé et pillé à son tour.
Il n’y aurait pire marché de dupe, pour tout aspirant artiste, que de ‘voter’ pour ce système-là. Cela pourrait, bien entendu, constituer une réjouissante forme de « justice poétique », si tous ceux qui n’avaient pas agréé ne se pas trouvaient prisonniers eux aussi de cette broyeuse-plumeuse.

Et puisque Pirates et Commonistes ont à présent des ambitions politiques, jetons un œil sur cette urne où l’on nous invite à glisser les doigts.

 

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Un régime politique qui ne prend pas à cœur les spécificités de l’intégralité des parties constituantes du peuple — et en cela je veux dire particulièrement les catégories socio-professionnelles les plus fragiles — est une abomination. Ouvrir la porte à de tels abus envers UNE catégorie est ouvrir, de facto, la porte aux abus ultérieurs sur TOUTES. C’est admettre qu’il est licite, pour assouvir les désirs des consommateurs, de priver de leurs droits naturels certaines catégories de « producteurs ».

Il s’agit déjà des artistes, mais pas seulement. L’Art n’est qu’une façade, et qu’un simple marchepied. Car, entre nous, quel « politique » a jamais porté la culture au premier niveau de ses préoccupations ? La véritable pomme juteuse de cet arbre, ce sont les brevets et les licences, dans le domaine de l’industrie, de la chimie, de l’informatique, etc.

Une fois le principe du droit d’auteur révoqué, il ne faudra qu’un pas pour s’emparer de ce droit : empêcher les chercheurs et inventeurs de breveter le fruit de leurs travaux.

Serait-ce mal, me direz-vous peut-être ? est-ce que cela ne serait pas au final bénéfique pour l’humanité ?

NON, cela ne le serait pas. Dans l’absolu cela le pourrait, évidemment, si nous vivions en Utopie. Et tout le monde sait (sauf les Commonistes ?) que ce n’est pas le cas. Et quel inventeur serait assez fou pour user 5 à 20 ans de travail sur une invention qui ne lui rapporterait rien ? Attention : je ne dis pas que tous les inventeurs sont vénaux et égoïstes. Mais je dis que la recherche coûte cher, en temps et matériaux, et que même le « savant » le plus utile à l’humanité ne vit pas d’air du temps, de grandes idées et de louanges. Il doit payer son loyer et les diverses denrées nécessaires à sa subsistance, comme tout un chacun.

Aujourd’hui nous avons, par exemple, accès à des auxiliaires naturels (insectes prédateurs) pour sauvegarder les cultures vivrières sans user des pesticides chimiques. C’est une excellente chose ! Mais comment ces recherches ont-elles été financées ? Dans le cas des acariens carnivores (pour mentionner un cas que je connais bien), les investissements ont été considérables. En matériel mais également en salaires, bien entendu. Parmi ces salaires, donc, il y avait le mien, à l’époque où j’ai participé aux comparatifs sur les acaricides à l’INRA, et à l’étude de ces acariens « mangeurs d’acariens ». On peut aussi bien retransposer cela aux travaux du même institut concernant les ormes, après la destruction de tous les (splendides) ormes champêtres d’Europe. Au bout d’années de recherches, l’INRA a produit une variété résistante (Ulmus Resista pour ne pas la nommer), ce qui a permis de replanter cette espèce, jadis endémique dans nos régions. Si l’INRA ne peut pas breveter l’Ulmus resista, le commercialiser et toucher sa quote-part des ventes QUI paiera pour que nous ayons des ormes ? Vous ? Comment mieux amortir les frais considérables exigés par de telles entreprises, sans possibilité de breveter des cultivars issus de ces recherches ? Jusqu’ici, le procédé est simple : le labo touche son pourcentage sur chaque vente effectuée (comme un écrivain). Dans l’intervalle, il a payé le matériel, les frais d’expérimentation, et les salaires des chercheurs et laborantins. Et ceci sans aucune garantie de rentrer dans ses frais, tout comme un écrivain, rémunéré (rappelons-le) « au résultat ».
Personne ne ressuscite les arbres disparus sans contrepartie, et pour cause : personne ne peut se le permettre, quelle que soit l’importance du projet, y compris (dans le cas des acariens) dans le cadre de la capitale « lutte bio ». Si les ventes des cultivars obtenus par les chercheurs ne finançaient pas en partie les recherches, ce seraient, dans les cas majeurs, nos impôts qui devraient y pourvoir. Et en ce qui concerne les cas ‘mineurs’, un grand nombre de projets passeraient simplement à la trappe.

Prière ici, de ne pas brandir les légitimes interrogations sur l’acte de « breveter le vivant », et l’ogre Monsanto. Il y a évidemment un monde entre breveter un cultivar inédit obtenu via recherche privée ou d’état, et celui de s’approprier des semences d’espèces existantes, et d’autant plus lorsqu’il s’agit de ressources alimentaires. Lorsqu’un grand groupe de l’agro-alimentaire exerce une main-mise sur un tel patrimoine collectif, il met en danger des millions d’existences, et prend le monde en otage. Quand un chercheur brevète un nouveau cultivar de rose, ou un orme résistant, il joue dans une tout autre cour. Il en va de même, évidemment, pour les artistes. L’art n’est pas une nécessité vitale à porter au même niveau que les denrées alimentaires, cela va de soi. (donc merci de m’épargner ces arguments pour gogols, auxquels j’ai déjà eu droit).

L’espionnage industriel est une activité florissante, et ce n’est pas sans objet. Les idées sont une richesse exploitable. Il reste aux tenants des thèses commonistes à découvrir que les chercheurs ne sont pas une espèce divorcée de l’espèce humaine, vivant de joie et d’eau fraîche. Idem pour les artistes.

Il suffira de « nationaliser » les idées et inventions pour que ceux qui en font leur métier les gardent pour eux. Ils seront trop, après tout, occupés à se noircir la face dans une autre mine pour prendre le temps d’en avoir, et de les livrer pour rien.

 

Pot commun et grandes illusions.

Une chose est sûre, hélas, en ce tristre-monde-tragique : si vous laissez avec générosité le fruit de votre travail en place publique, afin que chacun en dispose librement, il y aura toujours un renard pour le voler. Nous ne vivons pas dans l’univers de Bisounours présenté par le Commonisme. C’est sans doute dommage, oui, mais c’est ainsi, et les crises majeures telles que celle que nous vivons actuellement n’ont jamais poussé les hommes à plus d’équité, de solidarité ou de philosophie. Au contraire !

Donner, de quelque façon que ce soit, une dimension de « bien public » (nationalisé, car est-ce si différent après tout ?) au monde des idées, ne pourra en aucune façon favoriser ce dont l’humanité à besoin pour sortir de l’âge des ténèbres où nous nous enfonçons. En des temps où la liberté de la presse est au plus bas, l’obscurantisme et les intégrismes à la hausse, et le droit des individus réduit à rien… toute proposition visant à réduire le droit des hommes sur leurs idées est un crime contre l’humanité toute entière. C’est au mieux un projet conçu par des ados sans aucune expérience du monde réel, au pire une entreprise de manipulation cynique qui n’a même pas l’avantage de l’inédit. Si nous nous laissons prendre par des leurres aussi éculés, c’est que nous sommes infichus d’apprendre de nos erreurs, tant personnelles qui civilisationnelles, et de nous montrer lucides face au monstre qui nous bat siècle après siècle : notre voracité, inlassablement criminelle.

Ce que les Commonistes, Pirates et consort n’arrivent pas à envisager, tant les processus de création leur sont irréductiblement étrangers, c’est que les artistes peuvent être mis en esclavage économique, mais que RIEN ne peut les contraindre à rendre leurs travaux publics. Qu’ils peuvent refuser de livrer les œuvres à venir, qui resteront à dormir dans un tiroir jusqu’à ce que l’auteur, en fin de vie, les détruise. Cette option, pourtant, est discutée — y compris en public et devant eux — par un nombre grandissant de créateurs. Ils en restent incrédules, et pantois, tout comme, je n’en doute pas, ils restent inertes devant la capacité, pour certains hommes, de mourir pour leurs idées.

Il est plus grave encore qu’ils se montrent, tout autant, incapables de réaliser que la fuite des chercheurs à l’étranger — déjà correctement mise en train par les coupes budgétaires étatiques — ne pourra qu’atteindre des sommets si leurs idées passaient. Pour des gens qui prétendent réformer l’économie, ils me semblent fort peu au fait de ses réalités et mécanismes.

Avant de voguer vers notre conclusion, abordons un dernier point capital : si l’idée du « remix » (blah !) est la pierre de fondation de cette clownerie visant à abroger le droit des auteurs, le principe d' »immatérialité » en constitue un pilier. A savoir : ce qui est « immatériel » ne pourrait être l’objet d’un acte de propriété (schématisons). Ce concept, fort nouveau, est évidemment mis à la mode par l’émergence d’internet, et par la possibilité qu’il y a de « dématérialiser » certaines productions, notamment artistiques, et de les… pirater.

 

keep-calm-it-s-immaterial

Poudre-aux-yeux.com – de l’immatériel et de ses leurres

Or donc… (vas-y Socrate !)

1/ une idée est immatérielle

2/ On ne peut pas protéger l’immatériel, piske za zexiste pas (pouet)

3/ Donc on ne peut pas protéger une idée.

Mais oui mais oui, cher Socrate, et donc, selon la formule usitée pour se moquer de tes syllogismes… tu es un chien.

Est-ce que l’immatérialité d’un « bien » le rend impossible à protéger par la loi ? Bigre, non, et tant mieux, non ? Le véritable enjeu, évidemment, c’est la difficulté à le faire. Une difficulté *technique*. Car si on nous affirme, chez les chantres de Commons, qu’en réalité l’humanité est constituée de Bisounours ne demandant qu’à montrer, dans un cadre social adéquat, les jolis cœurs colorés cousus sur leur poitrine, la vérité est bien sûr très différente. Le fait est que la Mer de LaToile, ce World-of-Amour des grands rêveurs, est peuplée de pirates, de salopards, et de prédateurs. Ils s’emparent de tout ce qui peut être dématérialisé, des grands romans aux films, des logiciels et photos de vacances, des historiques de vos visites webbiennes (si riches en indicateurs sur votre profil de consommateur, mes précieux), et même (les monzztres !) des photos de stars du cinoche à poil, sur leurs propres Clouds. Bref : on ne peut pas empêcher les pirates de pirater.

On en revient aux paramètres du syndrome de Stockholm étudiés lors de notre épisode précédent.

= Comme on ne peut pas l’empêcher, dis-donc… **idée** : on n’a qu’à dire qu’en fait c’est bien !

Hum… Ah, c’est si brillant, Bozo. Do it again?

 

 Combien d’idéologues du numérique faut-il pour changer l’ampoule au-dessus de la tête à Géo Trouvetout ?

… Cela dépend : t’as un scanner ??? L’ampoule virtuelle que tu cherches est sûrement dedans.

Le principe de ReLIRE n’est pas différent : le piratage fait perdre du fric aux producteurs et à l’état. DONC : piratons les livres avant que les pirates ne les piratent. (ajoutons ici un « éh éh » assorti d’un gros clin d’œil, façon Louis de Funès). Évidemment c’est inepte : le fait qu’un ouvrage soit disponible en numérique — de façon prévisible à un prix de vente ridiculement élevé — n’empêchera pas les plus salopiauds des pirateurs de continuer à le vouloir pour rien. (pour preuve, des lecteurs de m*** prétendant m’aimer ont piraté un mien roman qui est parfaitement disponible en poche — à tarif fort bas, donc).

Le fait de vouloir voler une bagnole *avant qu’un autre filou ne le fasse* ne présente, évidemment, aucun caractère de légitimité. Et le fait de devoir, pour justifier cette action, poser l’axiome de « l’immatériel n’est pas vraiment un bien » est un auto-sabordage économique ET légal de la taille de l’Everest !

Ce problème de l’impuissance des structures d’état face aux possibilités d’Internet n’est pas isolé. C’est une maladie qui galope à telle vitesse qu’il est parfois difficile d’en percevoir le tracé. Mais un fait demeure : ce n’est pas en légalisant le « zéro droit » des photographes sur leurs clichés (effectif en UK, et les articles de presse sont dans la ligne de mire) que l’on empêchera certaines dispositions scandaleuses des hébergeurs d’images ou réseaux sociaux (nommons l’inénarrable Facebook ?) leur permettant de commercialiser sans votre aval les photos de vos gamins, de vos chiens, ou de votre mec en maillot de bain.

En bref donc : se coucher devant l’adversaire ne limitera pas sa nocivité.

 

 

 

Quand je suis plus faible que vous, je vous demande ma liberté car cela correspond à vos principes.

Lorsque je suis plus fort que vous, je vous prend votre liberté car cela correspond à mes principes.

Leto II, Empereur-dieu de Dune – Herbert.

 

Ce qui est terrible, au-delà du pillage prescrit par cette idéologie, et ceci au-delà même des dégâts qui seraient infligés à des milliers de citoyens tenus ici pour quantité négligeable, c’est l’outrage infligé, préalablement, au concept même « d’idée ». Ne parlons même pas de création ou d’invention ; juste cela : « les idées ».

Parce qu’elles seraient immatérielles, elles n’auraient aucune valeur, aucun sens, aucune existence réelle.

Une voix humaine, une photographie d’un être cher, l’expression à l’écrit d’une conviction ou d’un élan… tout ceci, entre autres, peut être dématérialisé. On perçoit la voix, mais on ne la voit pas. Elle n’a pas de poids physique, on n’a pas besoin d’un grand carton pour l’emballer. Ceci suffit-il pour nier son existence et, au-delà, son importance ? Les souvenirs sur nos photographies, la trace de personnes qui ont vécu, ou vivent encore… ceci serait donc également privé de son sens parce que nous pouvons les numériser ?

Si l’empreinte d’un être est si dénuée de valeur et de réalité, d’où provient que des sites entiers soient consacrés aux citations ? Pourquoi cite-t-on encore Martin Luther King, ou Gandhi, ou… les Rolling Stones ? Leurs idées, grandes ou petites, sont-elles si immatérielles que cela ? Que vaudraient les idées de King ou Gandhi sans leur vie, leur biographie, leurs actes ? Ces paroles, censément jetées au vent, sont-elles séparables de ce que ces personnalités ont bâti ?

Ce que voudrait, in fine, abolir l’idéologie commoniste, c’est le principe de la valeur des idées, et celui d’individualité. Leurs thèses feraient de nous de simples rouages dans une grande machine.

C’est là un acte bien plus grave que de, simplement, tenter d’assassiner la culture et les processus d’invention en dévaluant leur place et valeur dans la société. C’est dénier à tous et à chacun cette place, unique et parfois infonfortable, de l’individualité.

Lorsqu’on ramène à rien l’importance de chaque être (unique et particulier à sa façon) vis à vis de la suprême importance du collectif, alors on ouvre la porte à tous les abus, moraux et physiques. Toutes les atteintes deviennent possible, du moment qu’on les justifie par le sacro-saint ‘bien public’.

Les Commonistes démontrent que le royaume « immatériel » des idées n’a pour eux aucune valeur, et qu’il n’y entendent pas un traitre mot. Mais pis encore : je pense qu’ils n’entendent rien à l’humanité, et ne montrent pas la moindre trace d’appartenance à cette espèce.
Ce n’est peut-être pas dénué de sens. On ne désire de façon maladive, après tout, que ce que l’on n’a pas : ils œuvrent donc inlassablement à dépouiller les uns de ce dont ils sont eux-mêmes tragiquement dépourvus : les idées, l’inventivité, la création. Et s’acharnent à nier toute existence, chez l’ensemble des hommes, de cette autre denrée qui leur est étrangère : l’humanité, et l’individualité.
J’ai encore eu l’occasion, cette semaine, de débattre avec des Témoins de Jéhovah. Leur mode de discours est exactement similaire à celui des commonistes que j’ai eu le déplaisir de croiser : ils citent un texte de référence, se rapportent à des mantras pré-établis (et les répètent en boucle, et en boucle, et en boucle…). Les tenants du Commonisme ont souvent été comparés à une secte. Plus je lis leurs textes, plus cette analyse me semble fondée. À partir d’un certain nombre de lavages, les couleurs et motifs d’une étoffe s’effacent. on peut la croire parfaitement identique à toutes celles gisant dans le même panier, quoi qu’elles aient pu être à l’origine. Il en va de même pour les cerveaux, dans toute machine à laver correctement calibrée. Et nous sommes toujours tellement en recherche de solutions toutes faites ! Mais elles n’existent pas, n’est-ce pas ? Au bout de millénaires de philosophie et sociologie, ne le saurions-nous pas, si une panacée universelle en forme de « pensée unique » existait ? Elle ne le peut, et pour cause : il faudrait pour cela que nous soyons tous identiques. Et ceci, n’en déplaise aux Pirates, c’est ce que nous ne sommes pas. J’ai la faiblesse de penser, en tant que grande amoureuse de toutes les singularités et disparités humaines, que c’est heureux.

Un monde ainsi normé et formaté n’aurait besoin d’aucune loi permettant de piller la littérature et les arts : il n’y aurait, dans cette uniformité débilitante, plus rien à écrire, et plus rien à chanter. Plus rien à piller.

Dans l’intervalle, cette idéologie pernicieuse est comme toutes les autres : elle appâte son client par la flatterie et les avantages alléchants. À terme, elle fera de ses supporters et électeurs exactement la même chose que toute bonne dictature précédemment en exercice : les victimes de leur propre aveuglement. Évitons de nous réveiller demain dans la bergerie, bêlant que « méééééés… nous n’avions pas comprrrrrris » ?

 

Il est toujours périlleux de jouer les Cassandres. De monter sur le podium en criant, doigt brandi : « la lumière au bout du tunnel est un train ». Mais… c’est aussi ce que ces illettrés du Commonisme ignorent, ou tiennent pour rien : l’art, et la littérature en particulier, ne sont pas de simples produits de divertissement ; pas une substance dont on gave les foules pour qu’elles ne pensent plus, un bref instant, à leurs ennuis. L’art retranscrit la forme et les préoccupations d’une ère, les artistes sont les témoins et les éprouvettes de leur temps. Il leur appartient aussi, dans certaines niches, d’extrapoler le futur. De faire preuve, comme l’étiquette d’un certain genre littéraire l’indique « d’anticipation ».

Je suis de la race des « écrivailleurs des (mauvais) genre ». Une lectrice et auteure de Science-fiction. Bref : cette « anticipation », en somme, c’est mon job, c’est mon rôle, c’est mon devoir.

Tous, même dans ma propre tribu, ne seront pas d’accord avec mon analyse. Car oui, et c’est heureux, il n’existe pas (encore !) de consensus ou de pensée unique. C’est aussi pour cela qu’il faut que la pensée, et l’expression de la pensée, demeure un acte personnel et responsable. Sans la possession par chacun de ses propres idées et convictions, et la responsabilité qui accompagne leur manifestation, il ne pourrait plus y avoir de progrès, de débat contradictoire, et tout simplement de démocratie.

Dans l’Iliade, les dieux adverses aux troyens auraient pu pâtir sérieusement, dans leur petite partie d’échecs, du don de Cassandre. Mais la voyante troyenne avait été maudite par Apollon : personne ne la croyait. Loin de moi l’idée de me comparer, ici, à cette tragique ingénue. Mais il me semble que notre désir de ne pas faire face aux problématiques et enjeux de nos temps nous amènent, de façon presque suicidaire, à ignorer tous les oiseaux de mauvais augures, tandis qu’ils montrent du doigt les chevaux de Troie.

La démocratie est une écurie où la majorité des chevaux sont faits de bois (langue comprise). Il faudrait être fous pour l’ignorer, à ce stade de notre évolution, et voter pour n’importe quoi, du moment que cela pourvoit à la satisfaction de notre caprice du moment. Et même si une idéologie bâtie par des fanfiqueurs professionnels a peu de chances de présider intégralement, un jour, à nos destinées, il fut déjà question, pourtant, de confier l’administration du Numérique, dans le gouvernement, à un Pirate.Cette perspective n’est donc pas si fictionnelle que cela !

Ce n’est pas, pourtant, dans cet aspect politique que réside, à mon sens, le côté le plus néfaste de ces thèses, mais bien dans ces ‘idées’ (immatérielles) qui se diffusent, et emportent de plus en plus de voix. Dans ce virus insidieux qui se propage, sans que ceux qui s’en font les porteurs voient à quel point, à la fin, il les dépouillera de ce bien (immatériel) que nous avons, tous et chacun, en partage : le droit à notre propre identité.

 

Good night and good luck.

LS/.

 

quote-if-you-want-a-vision-of-the-future-imagine-washington-back-ed-google-glasses-strapped-julian-assange-86-36-48

O__O’ …. (come back, Orwell !)

 

 

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5 commentaires sur “Cassandra’s Semtex

  1. Léa Silhol
    novembre 17, 2016

    Ce post (qu restait dans mes drafts depuis des mois sans nombre par la faute de ma sainte flemme en matière de « chasse aux illustrations ») est spécialement dédié à Max du Nitch Squad, qui me *harcela* pour avoir la suite de cette terrible saga ! 😉

    Aimé par 1 personne

    • Nitchevo Squad
      novembre 17, 2016

      Merci mille fois ! Et un million de plus après lecture !

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      • Nitchevo Squad
        novembre 17, 2016

        (note que j’obéis avec la plus grande difficulté à l’injonction de ne pas le rebloguer ou partager aujourd’hui ; ceci afin de laisser sa juste place aux nouvelles de #ReLIRE tombées hier 😉 )

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      • Léa Silhol
        novembre 17, 2016

        Merci Nitch-boy, pour cette élégance de gentleman.
        Il est vrai que la victoire de notre Recours devant la Cour de Justice de l’Union Européenne méritait que je lui laisse pleinement les spotlights, imho 😉 (mais quelqu’un d’autre m’a « cramée »)

        Je reviendrai bien sûr sur le verdict de la CJUE, dès que possible.

        J'aime

  2. Bourgeaux Julie / Julie Vesperia
    novembre 25, 2016

    Où l’on aborde par ReLire la démocratie, la réalité de la création (unique et originale), la philosophie, la mythologie, internet et ses frasques, l’individu (positivement) dans son rapport à la masse (le collectif), la vie, le monde des idées et le sens du travail, l’immatériel, et les acariens.
    On retient son souffle pour mieux le libérer à la fin de la lecture, tant il y a de brassages et de réflexions intéressantes à cogiter. Merci!
    M**** (mince oui, c’est le mot interdit!) pour le combat contre ReLire (car il nous concerne tous, même ceux qui croient le contraire), et pour toutes les idées abordées ici et qui nous font réfléchir un peu plus, dans ce monde de facilité et de déconnexion du cerveau au profit du plaisir facile et sans risque dont tu parlais 😉

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