Adrenadream – Lea Silhol Sword-press

House of Winter

Le petit bruit des bottes, dans le matin froid…

« Si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout. »
Albert Camus

Ma chère France,

Tu as encore voté. De travers, comme d’habitude.

Ce n’est pas la première fois que tu me désespères, ce ne sera pas la dernière.

Je sais, je sais… tu as mal à la tête. Dans nombre de cas, c’est juste un feeling « casque en plomb » post cuite. Dans l’autre… ah. Le lavage de cerveau induit cet effet là.

Ce que j’avais à dire sur l’une des options de ce second tour des présidentielles, je l’ai dit ailleurs. Je ne vais pas me répéter, mis vais simplement inclure quelques liens, comme :

Des mois avant

Juste avant

Pendant

Après

Et sur tous les tons, partout, depuis 1983, date à laquelle j’ai constaté l’existence d’un ver dans le mescal des urnes électorales.

 

Remember..

Remember…

 

 

On n’en finit pas, chère France. La fièvre monte, monte, monte…

Je suis anti-FN, évidemment. C’est à cause de ces trois mots sur les frontons de tes institutions, tu sais ? J’ai un amour indéboulonnable pour ces trois mots. Surtout le dernier. La Fraternité… ah… la plus belle de toutes les utopies !

Je suis « anti » tout ce qui prépare et favorise l’émergence de la nuit. De ce recul hors des Lumières, qui nous rends pis que des bêtes, d’autant plus pathétiques d’avoir connu et révéré les progressions sociales, et de les avoir ensuite désavouées.

« Anti » tout ce qui nous sépare, divise, et transforme en pâte à modeler et chair à canon.

Je crois que fondamentalement, chère France, tu es ainsi faite, toi aussi. Nous devons à tes Lumières, en grande partie, d’avoir grandi ainsi : plus ‘éclairés’ que d’autres, peut-être, qui se trouvent maintenus par leurs dirigeants dans l’ignorance, la stupeur, et la simple réactivité. Ceux qui ont nés dans des nations frappées par un obscurantisme délibérés ont plus d’excuses à s’égarer que nous n’en avons. Ils défendent leur vie comme ils le peuvent, tandis que nous ne voulons que préserver nos privilèges. Leurs dictateurs et leurs ‘califes’ sont des monstres criminels, oui. Mais que dire des nôtres ? Que dire de ceux qui, inlassablement, parient sur nos failles et nos terreurs pour faire de nous ces machines à rejeter, ostraciser, et haïr ? Jusqu’à quel point sont-ils pardonnables ? Et ceux qu’ils abusent, qu’en est-il d’eux ? Jusqu’à quel point, à présent, pouvons-nous nous contenter de disserter et d’essayer de convaincre ceux que toute raison a désertés, et qui ont fait d’eux-même ces créatures criardes, s’avançant vers les urnes en bavant de rage, au risque de tous nous emporter dans ce précipice ?

Chère France, ce n’est pas tant toi qui me désespère, tu le sais, que l’humanité en son entier, égoïste et manipulable au point de déchirer elle-même sa propre panse, et de s’auto-dévorer. C’est un peut-être un brin tenace de chauvinisme qui m’incite à trouver cette montée des extrémismes plus grave, dès lors qu’il s’agit de toi. Le « pays des droits de l’homme », celui des « libertés »… ah. Plus grave, oui, d’avoir été cela, et de devenir autre chose.

On dit que l’on reconnaît ses amis aux heures noires, et tout autant que les grandes âmes se révèlent le mieux dans l’adversité. Si cela est vrai — et cela doit l’être — alors ce que ces temps disent de nous n’est pas à notre honneur, non. L’impact des difficultés a révélé notre faiblesse, et menace chaque jour de mettre en lumière, pis encore, notre petitesse.

J’espère pouvoir te sourire, bientôt, en te disant : « vois, tes enfants valaient mieux que cela ». Je l’espère plus que tout. Mais… tu sais…

Lorsque les nazis ont envahi ce pays, certains (pas assez nombreux) ont pris les armes. Ils ‘agissait d’une invasion, c’était là un acte légitime. Si, cette fois, ce totalitarisme haineux est issu du ventre de tes urnes, alors il en ira autrement. Où que j’aille, alors, je garderai un bout de « l’ancienne toi » dans mon coeur. Mais tes fils ne seront plus mes frères, et ton sol ma patrie.

« Ils ne passeront pas ». me dirais-tu peut-être. « Ce n’est ici que l’expression du ras-le-bol justifié de mes enfants ».

Peut-être. Mais ce n’est pas le résultat final des urnes qui compte, France, c’est le nombre qu’elles inscrivent sur le fronton de ton histoire. Le nombre, et ce qu’il signifie.

Dernièrement, Marine Le Pen a dit que la France n’était pas responsable de la rafle du Vel’d’Hiv. Que la « vraie France était alors à Londres ». C’est faux, évidemment. Tous ceux qui ont lu leurs livres d’histoire, et les pourcentages des résistants, des collabos et des ‘neutres’ savent à quel point c’est faux. Mais je me demande, depuis ce sinistre 23 avril, si la réalité ne serait pas pire encore : si la Libération n’aurait pas été, après tout, imposée à une majorité de tes enfants, qui auraient préféré se livrer à la haine et au massacre que de revenir à ce que nous tenions pour tes valeurs. Si ton peuple, prêt à voter pour la haine, la discrimination, la violence sociale, la mise à mort de la culture et de la tolérance n’est pas au final fait ainsi, et ravi d’accepter l’inacceptable, pourvu que la Gestapo soit made in France, et non ‘boche’.

Tu me manqueras.

Tu me manques déjà, pour tout dire, telle que tu fus, et n’est plus suffisamment pour que nous puissions être fiers de nous réclamer de toi.

La tristesse est un incendie. Elle ne réchauffe personne. C’est la colère, alors, qui nous tient lieu de porte-voix, puisque par elle, au moins, nous pourrons allumer un ou deux brûlots pour te dire : ne laisse pas, ma France, l’obscurité que tu reproches à des nations moins anciennes et éduquées t’avaler et te définir, à la fin, tout entière. Permets à tes enfants d’êtres fiers, à nouveau, de t’aimer.

LS/.

« Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux. »
Victor Hugo

ps : non, pas un mot sur « l’alternative » : Macron. On se doute de ce qu’en j’en pense. Je voterai, néanmoins sans faute, au second tour. Je voterai pour ce qui compte : avoir la possibilité de changer de gouvernement, au moins, dans 5 ans. Les régimes « nationaux » et totalitaristes, on sait comment ils entrent (par les urnes), et comment on doit ensuite les sortir (par les armes).

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Un commentaire sur “Le petit bruit des bottes, dans le matin froid…

  1. psycheinhell
    avril 27, 2017

    Froids sont les matins, indeed, et longues les nuits depuis quelques jours.
    Reste la colère ardente, alors, oui. Et la constance des convictions profondes, gardant droit et dressé, comme chêne, vers le ciel et les idéaux, tandis que le pays semble osciller entre le rance facho et une consistance de pâle guimauve, une matière perméable ou tolérante à l’intolérable.

    Je serai là, le 7 mai. Les dents serrés, les poings idem, mais un bulletin à la main, et au cœur la détermination à faire ma part. En rage « against the dying of the light » : si le nom sur le bulletin ne sera porteur ni d’espoir ni de fierté, le geste de le glisser dans l’urne sera ma branche apportée au brasier de la fraternité.

    Aimé par 1 personne

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Cette entrée a été publiée le avril 26, 2017 par dans No pasaran, Politique, et est taguée , .

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Ah... et pourtant... si (à présent) Et c'est la faute des #galgos !

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