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House of Winter

Fantasy ? To bee ot not to bee…(zness)

On m’a demandé bien des fois « pourquoi une personne aussi intelligente et cultivée que moi » (sic-K) avait choisi d’oeuvrer dans une niche littéraire aussi déconsidérée que l’Imaginaire.
Je pense que mes dignes interlocuteurs ne réalisaient pas, sans doute, à quel point leur question trahissait leur propre inculture, et leur indigence philosophique. La France, à qui la littérature fantastique doit tant, traite remarquablement mal ses auteurs. Pour avoir quelque validité, il faut être un auteur de genre du XIXème siècle. Donc : mort, poussiéreux, et commode à vendre aux classes de collégiens.

Mon pays a un faible certain pour les idées moribondes, les formes obsolètes, et le manque de projection. Il oublie inlassablement que les auteurs ne sont pas, dans le meilleur des cas, des amuseurs de foire, mais les témoins de leur temps. De leur temps… et *des autres*. La perspective, en littérature, n’est pas un gadget en option. J’écris donc du fantastique parce que cela a toujours été, depuis l’émergence du folklore, le moyen de parler des errances et terreurs humaines sans les aborder de front. J’écris de la fantasy parce que les racines de nos civilisations gisent dans les mythes, reflet de nos architectures psychologiques dans ce qu’elles ont de plus primal. J’écris de la science-fiction parce qu’extrapoler sur le devenir de nos sociétés est non seulement un exercice fascinant mais qu’il devrait être un devoir citoyen de base.
La littérature d’Imaginaire n’a rien ‘d’imaginaire’, en ceci qu’elle parle directement des hommes, de la façon dont ceux-ci aiment que l’on s’adresse à eux lorsqu’ils se confrontent à leurs plus grandes peurs, et à leurs plus grands désirs : de profil, avec toute la pudeur et la nuance que permet le symbole.

La déconsidération de ces ‘littératures’ de genre dont je suis non seulement auteure, mais également lectrice assidue (et longtemps éditrice — fait aggravant ?), est une irritation récurrente. D’autant plus que les étiquettes n’ont jamais présenté beaucoup de sens pour moi. Les genres littéraires ont toujours été à mes yeux, figurativement, semblables à des crayons assemblés dans un plumier, ou des vêtements rangés dans une penderie. Ils ont une nature, en ce qui me concerne, passablement ‘mercenaire’ : je sélectionne l’outil (époque, décor, degré de langage) qui servira le mieux mon propos. Je ne verrais aucun sens à agir autrement : à me cantonner à une niche, à me définir par elle, et à inventer des murs qui n’existent factuellement pas.

Nous avons que l’éclectisme n’est pas une ‘méthode marketing’ très efficace.
Comme en toute époque de récession économique, l’acheteur veut être certain que son acquisition répondra à ses attentes. Il se dirigera donc naturellement vers des ‘produits’ semblables ou identiques à ceux qui lui ont précédemment donné satisfaction.
Il me semble ignorer, dans ce cadre, le fait qu’il n’est pas lui-même totalement identique à ce qu’il fut hier (on le lui souhaite, en tous cas), et que ses appétits sont appelés à changer, se raffiner, et s’étendre (bis).
Le confort en art est un concept qui me dérange beaucoup.
Je m’y suis sans cesse confrontée dans le cercle amical, où ma fringale de découvertes au rayon musical stupéfie, et souvent perturbe, mes intimes. Comme si, en substance, ce voyage à haute vélocité dans tous les angles de la carte les empêchait souvent de me reconnaître, ou me définir pleinement.
« Tu écoutes ça ? Je suis étonné(e)« .
Pourquoi ? Serais-je donc tristement prévisible ? Le serions-nous tous ?
Et nos choix de tracklists ou de lectures nous vaudraient-ils légitimement l’estime ou le mépris, indépendamment de ce que nous sommes au plus profond ?
Si les choix culturels d’un individu peuvent très certainement en dire long, et permettre l’établissement des affinités électives (ou pas), ils ne devraient pas en revanche mener à catégorisation, ou à schéma communautariste.
Il me semble que c’est pourtant de plus en plus le cas.
On a depuis longtemps circonscrit et nommé le racisme, le sexisme, et toute la panoplie des crasseuses phobies (homo / trans / islamo / …). Mais il nous reste à véritablement définir un isme pour la culture.
Les écrivains — et lecteurs ! — des littératures dites ‘de genre’ savent pourtant directement à quel point ce travers est réel, et répandu.
Être écrivain de ‘blanche’ ou de poésie fait de nous des « gens de lettres », éminemment respectables (et nimbés d’une très glam aura crépusculaire). Être auteur d’Imaginaire fait de nous des illettrés au pire, des rôlistes au mieux.
Les lecteurs ne sont pas davantage épargnés par ce cliché.
Cette étiquette est associée à une certaine image d’Épinal : rêveurs inadaptés, adolescents (attardés ?), et auteurs au rabais. Lire / écrire de l’Imaginaire, ma bonn’ dam’… c’est pas bien intello.
Cela n’empêchera pas, évidemment, de porter Orwell et Huxley au programme des lycéens, mais on peut toujours se dédouaner partiellement de ce paradoxe ainsi (j’ai eu droit à cet argument) : il s’agit de science-Fiction, de dystopie, de fantastique… mais pas de fantasy. Dans ce système de castes, la fantasy rampe au bas de l’échelle sociale, faisant figure d' »intouchable parmi les intouchables » — et ceci y compris pour l’élite de notre sub-culture : les tenants de la SF.

J’aime les trois. La SF, le fantastique, la fantasy ; et la majorité de leurs sous-catégories.
Placerais-je toutefois la SF en haut de cette pyramide ? Non.
Les premiers seront les derniers ? = pour moi, le potentiel de la fantasy enterre les autres genres susnommés. Je place la hiérarchie exactement à l’inverse du modèle consensuel établi : en premier la fantasy, puis le fantastique, puis la SF.
Pourquoi ?
Parce que la fantasy fut le premier mode d’imaginaire* (*c’est-à-dire tentative d’extrapolation imagée du réel). Que travailler avec ce matériau revient à plonger ses mains dans des millénaires de strates de pensée humaine. Là où le fantastique se focalise sur la peur, et la SF sur l’anticipation raisonnée du futur, en particulier technologique, la fantasy permet une plus grande étendue et flexibilité des thèmes.

Que les tenants de la tendance actuelle — qui consiste à voir en tout avis contraire une attaque personnelle — ne me fassent pas de procès, et ne s’échinent pas à me mal comprendre : je ne dis certainement pas (tandis que je termine le troisième opus d’un cycle cyberpunk) que la SF est médiocre, inférieure, ou indigente 😉
Je dis simplement que je la trouve moins riche en possibilités, dès lors qu’il s’agit d’adresser l’ensemble des problématiques humaines en général, et actuelles en particulier.
Cela n’a certes pas empêché Frank Herbert de mettre en scène dans Dune tout à la fois des enjeux techniques, politiques, commerciaux et religieux. Il est vrai 🙂
Mais (faut-il le préciser ?) Dune est de la Science…-Fantasy (tout comme les meilleurs — à mon avis — cycles de Van Vogt et Vance).

Mais à la vérité, je ne souligne ces clivages que parce que le débat de fond me semble comique : je demeure convaincue qu’un très bon auteur fera quelque chose de passionnant de sa matière, quel que soit le ‘genre’ qu’il adoptera pour ce faire.

Il est beaucoup question, en ce moment, du succès planétaire de la fantasy, et de son partiel insuccès en France, notamment en ce qui concerne — plus spécifiquement — les auteurs français / franco en leur propre(s) pays (permettez que j’inclue la francophonie en son ensemble — il me paraîtrait absurde de couper encore plus les cheveux en quatre en nous séparant des Belges et Québecois).
Beaucoup de thèses et ‘pointage de responsables’ ont été avancés, nombre de ces analyses ne manquant pas d’intérêt, et d’autres s’attirant (souvent légitimement) un ulcéré caillassage (les auteurs français étant — il paraît, donc — incapables de bâtir des univers susceptibles de s’asseoir sur le même banc que leurs homologues anglos).
Le point de mire et le départ de feu de tout cela étant… quoi ? Le succès de Game of Thrones.
Cette mode, sur laquelle beaucoup souhaiteraient capitaliser (« si c’est trendy, vas-y, place tes produits ! ») interpelle divers acteurs de la profession : auteurs, mais plus encore éditeurs et directeurs de collections. Pourquoi (mais pourquoi, pourquoi, pourquoi ??), dans ce marché si fluctuant et volatile, les éditeurs et auteurs français ne pourraient-ils pas glaner leur ‘fair share’ de cette manne ? Et puisque, visiblement, ce n’est pas le cas, et que la clientèle persiste à favoriser la perfide Albion (et ses tentacules américains), à qui la faute ? Auteurs ? Éditeurs ? Lecteurs ? Presse ? État ?

Vais-je, donc, rajouter ma pierre à ce surélevé et branlant édifice, ne serait-ce que pour ‘défendre’ la jeune génération des auteurs francos, dont mes collections ont ‘lancé’ un grand nombre, à l’époque où j’étais éditrice ? Non.
Et même davantage encore : non.

Je vais, au contraire, m’inscrire en faux.

Cela ne remet en rien la qualité, la validité, la pertinence, de ce qui en a été dit. Mais je confesse ne pas voir l’objet de réfléchir à tout cela dans le but d’établir une supposée « politique commune », rassembler des auteurs en think-tank, alerter le public, ou convaincre les éditeurs.
1/ Rien de tout ceci, par essence, ne devrait intervenir dans la façon dont un auteur bâtit son livre / ses univers. Et notre caste est naturellement composée de solitaires (souvent égotistes) peu perméables au concept d’union, ou front commun. Ces satellites se croisent et se fédèrent parfois, temporairement, autour d’une crise (LSGDL à l’époque — quand elle méritait ses lettres de noblesse par la résistance ; ReLIRe, #payetonauteur…) mais cela ne dure jamais. Un livre s’écrit en solitaire, et la carrière qui l’accompagne l’est tout autant. C’est un mal pour un bien (et vice versa).
2/ Les éditeurs ne sont pas un matériau éducable : le spectre de la faillite a trop d’emprise sur leur échine.
3/ Le public est… ce qu’il est à notre époque. Y trouver des activistes ou des résistants relève de l’absolue utopie (et puis… mendier tue, à force).

Je m’inscris donc en faux.
Et voilà surtout pourquoi : je persiste à ne pas croire en la division « de genre » en littérature.
Lorsque je dis « j’aime la fantasy », c’est une demi-vérité. Je ferais mieux de dire : « beaucoup des livres que j’aime relèvent de façon schématique de ce que l’on appelle la fantasy ».
De même qu’un trait de caractère ou un détail physique peuvent se citer en réponse à « qu’aimes-tu le plus chez ton ami / ton amant », mais ne définissent ou ne résument en rien cet être, l’étiquette de « genre » d’un opus ne sert (ne devrait servir ?) qu’à donner un élément descriptif liminaire de cette oeuvre, lorsqu’on en parle à un tiers.
Le reste n’a pour moi aucun sens.

Nous en parlons beaucoup avec l’équipe éditoriale Nitchevo, à chacune de mes nouvelles parutions : dans quel ‘registre’ classer le nouvel opus ? (puisque l’interface librairie le réclame).
Plus cela va, plus la tâche s’avère difficile.
L’exemple de ma série en cours fut à cet égard flamboyant. Non seulement il nous est impossible de classifier le cycle, mais il est tout aussi compliqué de donner un label à chaque volume, indépendamment.

  • 1/ Masshiro Ni est… fantasy mythique (japonaise, et secondairement celtique) / réalisme magique / littérature générale / fantastique / cyberpunk…  (mais c’est un recueil donc… ouf, ça passe)
  • 2/ Hanami Sonata est… fantasy urbaine, cyberpunk, ‘romance’ (quoi que cela puisse vouloir dire) et un brin fantasy mythique (c’est un roman. Un peu osé, donc, mais… ça passe encore à peu près)
  • 3/ Romaji Horizon est… cyberpunk, fantasy urbaine, fantasy, dystopie (ouille…)
  • 4/ Hangul Express est… cyberpunk, fantasy urbaine, fantasy mythique (japonaise + coréenne + chinoise + celtique + nordique + islandaise + russe…) , fantastique, horreur, apocalyptique et… western (on peine à dire « jusque-là, ça va », © Vin des 7 Mercenaires)
  • 5/ In-Yeon Rhapsody sera… fantasy mythique, fantasy urbaine, fantasy tout court, fantastique un brin et… indescriptible.
  • 6/ TMOS sera… fantasy (high / épique / mythique) et fantasy historique.

Le Seppenko Monogatari est donc, en son ensemble : cyberpunk, fantasy urbaine, fantasy (mythique / high / épique / historique), réalisme magique, romance, littgen, dystopie, fantastique / horreur / apocalyptique, western. Et passablement inclassable.

L’interface (et le modus operandi des temps) persiste à me demander de choisir une catégorie, éventuellement deux.
Je continue à lui répondre : « comment ?? » (et la garce ne répond rien — c’est snob, une interface !)

Je rencontre ce problème de plus en plus, et avec une virulence accrue au fur et à mesure que je m’extirpe de ce fantasme des ‘classifications’. C’est particulièrement visible ici. Mais… serait-ce un cas isolé ? Je ne crois pas.
La modernité de notre écriture, assortie à ces temps de bombardement et captation rapide des informations, peine à demeurer figée dans des modèles éculés.
Il en fut de même pour la musique à partir des années 90′, qui virent fleurir de plus en plus de courants musicaux aux improbables dénominations ‘sauce Frankenstein’ (« black-death-symphionic-trash-métal-jam-jungle………. peanut ? »).
Quand les étiquettes ne parviennent plus à refléter la complexité des influences et référents d’une oeuvre, on pallie au problème par un patchwork (de plus en plus comique) qui peine à restituer sa fréquence.
Sans même parler du nombre de fois où on invente un nouveau label pour catégoriser quelque chose qui existe depuis Mathusalem (bit-lit, etc.), la parant un instant du glorieux rayonnement de la nouveauté. C’est une ruse marketing commune, laissons-la de côté et restons focalisés sur les étiquettes qui cherchent sincèrement (quoique vainement) à représenter des mouvances ‘nouvelles’. Et demandons-nous (éventuellement, hm ?) : pourquoi faire ?
Qu’un petit brin de ‘guide d’achat’ soit utile au lecteur qui, à un moment donné, ressent une envie particulière (« tien, j’ai envie de manger italien… » / « tiens, j’ai envie, juste là, de lire un occult thriller ») soit. Mais le lecteur a-t-il vraiment besoin qu’on lui destine des labels qui ressemblent de plus en plus à la « composition et nombre de calories » que l’on trouve sur les emballages alimentaires ? Est-il (lui, le lecteur) devenu à la fois aussi normé, et capricieux ?
Il n’y a donc plus aucune place laissée à cet affriolant « surprenez-moi et prière de bien vouloir me blaster » ?
Je me demande sincèrement ( = vraie question) si l’offre suit ici la demande, ou si c’est l’inverse. A savoir : les lecteurs actuels sont-ils ainsi, ou est-ce plutôt un désir de l’industrie de saisir sa proie qui préside à ce système ?

Et plus que tout : est-ce l’étiquette ‘fantasy’ sur nos bouquins qui cause leur faible taux de vente ou… est-ce le fait-même de normer l’offre en la ‘cocardant’ de plus en plus (en plus, en plus….) d’étiquettes.
De rendre, en somme, la culture semblable à un catalogue de La Redoute. On choirait alors le prochain disque ou livre comme on sélectionne un vêtement : coupe, taille, morphologie, couleur, accessoires…
À quand la plateforme de vente multi-critères qui nous proposera les menus déroulants permettant de cocher : fantasy, se passant à Lisbonne, vers 1520, avec de vrais personnages historiques (mais pas trop quand-même), & avec un protagoniste masculin (brun, entre 1,80 et 1,85, athlétique mais sensible, pratiquant le macramé et montant un cheval bai) et une femme fatale (fée, blonde, 1,65 m – entrez les mensurations svp – ayant parfois un sale caractère mais pas trop, et bi — c’est plus sexy) ; 65 % de scènes d’action, 20% de romance (dont 15% d’érotisme explicite), et le reste en plot politique pourri (mais pas trop compliqué hm ?) ; triangle amoureux (oui /non) ou ennemi acharné + trois dragons et une licorne.  Entre 300 et 500 pages, pas plus, cycle en (entrez le chiffre) volumes maximum par : une femme, un homme ? (cochez), écrit dans le genre de vos auteurs préférés suivants (entrez les noms, ou laissez l’algorithme consulter vos achats précédents). Fin : heureuse, malheureuse, immonde, moitié-moité ? (cochez).
Et vous le voulez sous quel genre de couverture, votre sandwich Subway, au fait ? (fonction ‘dites-le à l’auteur / l’éditeur’   —  gâterie.exe : le client est roi !).

Bon sang on en rêve, non ?
… #OuPas

Quittons cette dystopie / utopie (cochez) et revenons-en à la fantasy, et ses collantes étiquettes.

On l’aura compris : je ne crois pas aux « rangements littéraires ».
Ni en théorie, ni en pratique.
Je ne parviens donc pas à réfléchir à « comment vendre de la fantasy française ? » ou « pourquoi ne se vend-elle pas ? ». Car non seulement je ne crois pas fondamentalement en la fantasy / genres littéraires, mais pas vraiment non plus en la lecture basée sur une préférence (ou au contraire une disqualification) nationale.

Si je devais agir sur un pan du « schéma des étiquettes » je les ferais simplement sauter ; toutes.

Ce système est d’autant plus risible que nombre de titres qui ont cartonné / cartonnent / cartonneront au rayon LittGen sont, de facto, des livres relevant du fantastique (indice : quand il y a un fantôme à bord, par exemple… c’est du fantastique, ehhhh oui).
Quelle est la différence entre ces best-sellers et les titres que les prix littéraires, la presse et un certain public regardent de haut ?
Le label, l’étiquette, la marque d’infamie : littérature de genre, littérature de gare, littérature ?… pas sûr.

Nous devrions tous, ce me semble, lire et écrire sans jamais nous soucier de ces panneaux indicateur. Ne parlons même pas de chercher à les utiliser à la faveur d’un trend ou d’un autre..

Il y a les bons livres et ceux qui le sont moins.
Il y a les grands livres, et ceux qui ne le sont pas.

Il y a les lecteurs perdus dans ce labyrinthe, et qui se fichent généralement des backstages.
Et il y a les auteurs qui, peinant et trimant dans ce même dédale, cherchent tant à le comprendre qu’à s’en tirer.
Et tout ce bazar provient de la guérilla expérimentale — mais hautement adaptative — que se livrent non ceux qui écrivent ou lisent ces livres, mais bien ceux qui les vendent.

Notre planète est à présent un hypermarché. Dans cette optique, c’est de bonne guerre. Cela reste moralement crasseux, et dommageable pour tous, mais la réalité est ce qu’elle est. Frapper ce constat et hausser les épaules est une chose, mais y participer en tant qu’auteur en est une autre.
Ma position est donc : je me tape que Game of Thrones ou autre machin (assez classique) anglo se vende bien. Je me contrefous que la fantasy soit à la mode : cela n’aura aucune incidence sur mon choix de genre ( = outil) demain. Et je ne chercherai en rien à capitaliser sur cette modasserie pour mieux vendre ou promouvoir mes propres opus, et d’autant moins en mettant en avant ma nationalité.

Au bout de nos parcours d’écrivains, il ne restera que cela : avons-nous écrit les livres que nous devions écrire ? Nous ont-ils été utiles, et l’ont-ils été à d’autres ? Avons-nous aidé qui que ce soit à tenir un jour de plus, ou à passer la nuit ?
Pouvons-nous, très simplement, être satisfaits de nous-même, en termes de travail acharné, d’évolution, et d’accomplissement ?

Au terme de ma vie, alors, en tant que lectrice, j’espère avec ferveur que j’aurais lu au moins 5% de la moitié du quart des livres essentiels que j’aurais dû lire.
Et face à la même horloge, en tant qu’auteure, j’espère avec une farouche et enthousiaste détermination :

  • avoir écrit chacune de mes lignes comme s’il n’existait pas de loi du marché, et pas de diktats sinon ceux de la foudre, et de ma conscience.
  • Avoir donné le meilleur à chacune, sans jamais cesser un instant de vouloir apprendre.
  • Ne jamais avoir écrit une page qui m’incite à demander pardon à l’arbre qui fut coupé pour l’imprimer.
  • Avoir le temps de finir ce que j’ai commencé, afin de ne pas laisser mes lecteurs le bec dans l’eau ; et le faire avec le plus de sincérité, intégrité et conscience possible, pleinement conscience de notre responsabilité de scaldes, de chamans, et d’influenceurs.
  • N’avoir suivi aucune politique, éditoriale ou autre, y compris la mienne.
  • Et que nul ne puisse à terme, en me lisant, savoir dans quelle catégorie mes pages peuvent être classifiées, non plus que me ranger dans une ‘école’ nationale.
    Devenir ainsi, en somme, non plus la somme du lieu où je suis né et de ceux où j’aurais vécu un temps, mais une partie de ce tissu universel qui jointe l’humanité sans reconnaître aucune langue ou frontière ; me trouvant à la fois réceptacle et barde de ma passion pour toutes les cultures, pensées, et visages des hommes.
    Comme mes livres, en somme.
    J’espère, oui, qu’à la toute fin, ils ressembleront complètement à la vie, tissée d’immenses célébrations et têtus combats, que j’aurais vécue.

Je n’aurais plus grand chose alors à foutre, je crois, des thèses universitaires écrites à leur sujets, des prix qu’ils reçurent, de l’acclamation ou des critiques populaires ; et moins encore du nombre d’exemplaires qui s’en seront vendus.
Je crèverai comme je suis née : pauvre, hilare, castagneuse, ayant embrassé sur la bouche au passage tous les poètes éperdus et tous les slameurs, élève encore, en mouvement toujours, ayant défoncé tous les panneaux de la route et semé des graffitis sous les hanches des ponts, les mains dans les poches et ne blâmant ni Voltaire ni Rousseau pour mes misères, ou fugaces grandeurs. Seulement fière de n’avoir plus rien concédé de l’oeuvre de mes mains, quoi qu’elle vaille, aux mitraillettes, aux cajoleries, et aux règles, quelles qu’elles puissent être.

Le jour où nous disparaitrons, il ne restera de nous que cela.
Vivons et écrivons chaque jour comme si c’était déjà le cas.
Le reste ne vaut pas un instant de pause sur le chemin, une seconde pensée, ou un regret.

 

 

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8 commentaires sur “Fantasy ? To bee ot not to bee…(zness)

  1. Les Sortilèges Des Mots
    août 9, 2019

    J’ai envie d’écrire : « AMEN! ». Je suis d’accord. Je n’aime pas les classifications. L’autre jour, j’ai voulu commander des livres sur internet sans savoir quoi mais je voulais sortir de ma zone de confort. C’est impossible tant il y a de livres. Ça décourage et effectivement, le système que vous proposez me plait bien.

    Ce qui serait vraiment cool, ce serait que le livre redevienne un vrai produit culturel et non une marchandise. Je trouve que ce milieu est vraiment discriminé par rapport aux autres. Quant je vois qu’un libraire doit payer pour retourner les livres non vendus, ça me choque. Si on faisait ça avec tous les magasins, je pense qu’il y en aurait moins.

    Et pareil, j’adore le mélange des genres. Et je suis parfois perdue avec les genres, sous-genres et autres peut-être parce que je m’en fiche un peu (sauf le steampunk/uchronie quand c’est bien fait et pas une supercherie). Je pense que la fantasy française se vend mieux que ce qu’il se dit. Le système français n’est pas le même qu’à l’étranger. C’est comme lorsque j’entends ‘les jeunes ne lisent pas ». je n’ai jamais vu autant de jeunes vouloir lire. C’est les parents qui refusent d’acheter un livre à leurs enfants (je parle d’expérience.). À l’inverse, chez ma libraire préférée, combien de parents rentrent avec leurs enfants et leurs disent de choisir un livre sans les forcer. Et après, ça fait de nouveau lecteur.

    À Maubeuge, ils ont créé un salon fantastique/horreur afin de promouvoir les artistes de la région. Ça a plutôt bien marché pour une première et sans vraiment de publicité. Je crois qu’ils vont élargir pour l’année prochaine et mélanger les genres de l’imaginaire. En tout cas j’en serai.

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    • Léa Silhol
      août 9, 2019

      Bonjour.
      Je suis peu troublée par ce que vous me dites-là :
      « Quant je vois qu’un libraire doit payer pour retourner les livres non vendus, ça me choque. »
      Payer… qui ?
      Il faut faire *très* attention à ce que disent certains libraires, ou les rumeurs.

      Voici dans les faits comment cela se passe :
      Le libraire commande (un nombre d’exemplaires à son gré) qu’il paiera bien souvent à 60 ou 90 jours fin de mois, soit 2 ou 3 mois plus tard. Il n’est pas supposé les retourner avant un an. Lorsqu’il les retourne, il est *remboursé*, et ne paie que les frais de port, ce qui est bien normal.
      Car dans les faits, bien, souvent le libraire renvoie les livres avant la date convenue, parfois sans même les avoir déballés, il/elle renverra aussi les livres abîmés par les clients dans sa librairie (ce qui m »a toujours choquée : les exemplaires sont en sa garde, qu’il les protège).
      De façon générale, il « videra » ses rayons avant son inventaire fiscal, afin de pas payer d’impôts dessus (on va y revenir). Ce qui fait que c’est *l’éditeur* qui paiera ces impôts, puisque ces livres auront rejoint ses stocks. De même que l’éditeur ET l’auteur seront perdants sur la vente qui n’a pas eu lieu.
      Ce système inique provient de la fiscalité *absurde* imposée par l’état, qui veut que les stocks de livres non vendus soient imposés comme étant de l’actif. Comme si nous les avions vendu, en somme.
      Donc au moment où les libraires font leurs inventaires, ils renvoient le plus d’exemplaires possible aux éditeurs ou à leurs distributeurs.
      Les distributeurs et diffuseurs, quant à eux, font payer *l’éditeur* pour les livres stockés, et les livres placées en librairie Et les livres ayant fait l’objet de retours, ainsi que pour la destruction des abîmés.
      Pour information, le diffuseur / distributeur touchera env. 20% rien que pour avoir obtenu une commande (le reste est en sus), et le libraire prendra entre 30 et 50% de marge — sur le prix de vente, s’entend. Sur ceci, donc, il reste entre 50% et 30 % à l’éditeur pour payer : l’auteur, l’illustrateur de couverture, le traducteur éventuellement, l’impression des exemplaires, le loyer de ses bureaux, le loyer des stocks, électricité, téléphone, fournitures, etc. et… les taxes (nombreuses !) évidemment.

      Qui « prend cher » ici ? L’éditeur, et donc forcément par rebond : l’auteur, le plus maltraité des maillons de la chaîne.
      Sachant également que 60 % des librairies indépendantes paient en retard (jusqu’à un an et demie), commandent peu, et retournent… beaucoup.

      Et ceci je le dis parce que j’ai été directrice littéraire pendant loooongtemps dans une maison qui assurait sa propre distribution et distribuait d’autres éditeurs. Et j’ai vu beaucoup de confrères plier boutique au cours de ses années, notamment à cause de ce système insensé.
      Si vous voyez disparaître des maisons d’édition que vous aimiez, et des auteurs qui ont quitté ce job, voilà d’où cela provient : ils sont morts de faim.

      Il y a évidemment de bons libraires qui n’abusent pas de ce système — dont ils sont aussi victimes — en se déchargeant sur les éditeurs, mais ils sont *très* rares.
      Je me souviens d’une chef de rayon qui ne faisait jamais de retours alors qu’elle commandait nos titres par paquets de 50 à 200 ex. Elle m’a dit : « vendre les livres, c’est *mon boulot*. Je ne dois commander que ce que je me sais capable de vendre ; et si je me trompe… tant pis pour moi. Un bon libraire connaît ses lecteurs et peut *toujours* vendre un livre s’il se donne la peine de descendre de son tabouret et contourner le comptoir ».
      Elle s’appelait Laurie. Je me souviens encore d’elle, comme vous pouvez le constater . 😉 Et pour cause : elle m’avait impressionnée tant par sa conviction que par le côté très exceptionnel de ses propos.

      Donc… je ne peux que recevoir avec les nuances qui s’imposent votre « quand je vois qu’un libraire doit payer pour retourner les livres non vendus, ça me choque. »
      Parce que payer un *timbre* pour renvoyer un exemplaire n’est _rien_ à côté de la perte que cela représente pour l’éditeur et l’auteur.
      Si tous les acteurs de la chaîne du livre se serraient davantage les coudes, on n’en serait pas là. Mais ayant été aussi éditrice, je sais très exactement à quel point la majorité des libraires ne montrent aucune solidarité envers ceux qui, pourtant, sont les véritables artisans de la littérature : les auteurs et en second lieu les éditeurs.

      ****
      Je suis en revanche très choquée que des parents puissent refuser d’acheter un livres à leurs enfants (à moins bien sûr qu’ils ne le puissent *pas* financièrement).
      Si c’est là un comportement répandu, il est déplorable.

      A nous revoir, miss 😉

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      • Les Sortilèges Des Mots
        août 9, 2019

        Merci pour les informations. En fait, je pense qu’à tous les niveaux il y a des choses à faire pour que ce soit plus équitables pour tout le monde.

        C’était lors d’un stage en librairie. Le libraire m’avait expliqué justement qu’il renvoyait les livres qui avaient passé plus d’un an dans les rayons. Il n’en renvoyait pas beaucoup mais il imprimait une étiquette avec le prix du retour au kilo.Du coup, je comprends mieux ce qu’il en est. Il prenait peu d’exemplaires en fonction de sa clientèle. C’est une petite librairie indépendante. Ils ne peuvent pas mettre tout ce qu’ils veulent. Par contre, c’est vrai que le gérant avait un mépris pour l’imaginaire. Ça m’avait choqué. Tout comme pour la littérature japonaise. Ça avait occasionné une répartie entre lui et moi. Finalement, il a mis de l’eau dans son vin et à changer d’avis depuis concernant la littérature japonaise.

        Depuis les gérants ont changé. La nouvelle gérante, là depuis février, a ouvert un rayon SF/fantasy adulte qu’il n’y avait pas avant (faudra que je lui parle de vous même si je pense qu’elle doit connaître). Elle met deux exemplaires par livres en test et ne renvoie rien. Ça fonctionne bien apparemment. En même temps, elle est passionnée et sait mettre en avant les romans. Combien de craquage ai-je fait à cause d’elle. Elle a eu la mauvaise surprise d’apprendre qu’un éditeur avait fermé ses portes en janvier seulement le mois dernier sauf qu’elle a beaucoup de livres de chez eux en stock. Disons que l’apprendre six mois plus tard sachant qu’ils le savaient avant et qu’ils ont vendu d’autres produit en fin d’année sans rien dire, ça le fait pas trop.

        En fait, idéalement, je pense qu’il faudrait refonder la chaîne du livre et que les clients soient plus responsables. Et je suis d’accord : une réunion autour de la table avec les différents acteurs du livre pourrait peut-être améliorer les choses. Personnellement, je soutiens aussi bien les auteurs que les libraires indépendants. Pour les éditeurs, ça dépend desquels. Je base tout sur l’honnêteté.

        Désolé, c’est un peu brouillon. J’espère que ça reste compréhensible.

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  2. Léa Silhol
    août 10, 2019

    (Non non non, ce n’est pas si ‘brouillon’ que ça 😉 )
    C’est un bon système, deux exemplaires en stock. Voire un seul. L’offre est sans doute trop étendue, à présent, pour les grandes mises en avant (par 20 ou 30) de jadis.

    L’ostracisme des libraires envers l’imaginaire est hélas répandu. Pour la littérature japonaise, en revanche… voilà qui ne laisse coite. Comment peut-on détester la littérature d’un pays en son entier ? Effarant.
    Mais malheureusement ce genre de travers sont légion.
    Une lectrice m’a raconté comment, voulant commander un de mes ouvrages chez le libraire de sa petite ville, elle s’était fait ‘recevoir’. Bien que commander un exemplaire (qui arriverait dans le même colis que tous les opus distribués par le même distributeur) lui aurait assuré une vente sans risque, et sans grand effort, ce monsieur a refusé car, dit-il, il entendait ne vendre dans sa boutique *que* les livres qu’il aurait choisi / voulait faire découvrir à ses clients.
    Ma lectrice est donc allée passer commande chez Amazon, en pestant copieusement (on la comprend).
    Les cas de ce genre sont hélas *très* courants. Ils ne proviennent pas toujours de l’arrogance, comme ici, mais bien souvent d’une simple paresse.
    C’est la raison pour laquelle j’ai cessé de soutenir les librairies indépendantes, de façon générale.

    Il y a souvent des tables rondes entre les acteurs de la chaîne du livre. Mais cela ne donne pas grand chose de concret, puisque *l’esprit* n’y est pas. La solidarité ne s’invente pas. Chacun se contente de râler / pleurnicher quant aux mutations actuelles du « marché » et essaie de défendre *sa* niche.
    Ce défaut de vue d’ensemble finira par sonner le glas, sans doute, de pans entiers de ce système.
    L’impression à la demande et les librairies en ligne ouvrent des possibilités nouvelles, qui ne seront pas tendres avec la production et distribution « à la papy ». Les libraires (y compris les bons, hélas) y perdent leur clientèle, et les (mauvais) éditeurs leurs auteurs.
    J’ai du mal à m’en émouvoir, j’avoue, hormis pour quelques structures ciblées. Je suis comme vous : pour moi l’honnêteté, l’éthique et l’aspect sain des pratiques est essentiel.

    D’une certaine façon, l’état de la chaîne du livre est très semblable à celui de notre écosystème : nous avons abusé des ressources, pollué notre environnement, et les espèces « dominantes » ont asservi et dévoré leurs congénères censément plus faibles. La distribution mange les librairies, qui mangent les éditeurs, qui mangent les artistes. Tout ceci sur fond de surproduction galopante, et en laissant des déjections partout.
    Je ne pense pas que ces partenaires mal équilibrés trouveront jamais à s’entendre. Même en pleine catastrophe climatique, chacun ne vise que ses intérêts immédiats, n’est-ce pas ? La culture ne fait pas exception.
    Mais ce n’est pas bien grave. La mutation n’est pas forcément une mauvaise chose.
    Je pense quand un nouveau modèle arrivera à s’extirper de la chrysalide rouillée de l’ancien, les libraires exceptionnels survivront en évoluant, eux aussi.
    Et tout ceci sera peut-être pour le mieux. Car il est certain que cela ne peut pas demeurer encore longtemps ainsi.

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    • Les Sortilèges Des Mots
      août 10, 2019

      Entièrement d’accord. Pour les libraires indépendants, je pense que ça dépend du libraire. Je sais que Estelle (celle où je vais) est très ouvert et regarde et lit tous ce que je poste. Ça lui donne des idées et elle est très ouverte d’esprit. Ça ne lui viendrai pas à l’esprit d’inviter un auteur sans le rémunéré par exemple. C’est même une évidence pour elle. J’ai même été étonné lorsqu’elle m’a dit en plein salon devant des clients que j’étais bien plus calée qu’elle. Je pense qu’on ne peut jamais être pleinement calé dans ce domaine tant il y a de sorties.

      J’ai lu récemment, qu’en Espagne, pour la première année, ils ont publié moins de livres mais en ont vendu plus. Ce serait peut-être aussi une idée. La surconsommation fait qu’on se perd. Moi-même qui prépare des vidéos de sortie littéraire, je sais que je passe à côté de beaucoup. Ce qui est bien dommage parce que j’aimerai mettre en avant les petits éditeurs mais on ne les voit pas sur les sites ou je vais.

      J’espère que ça ne vous dérange pas que je réponde. C’est un milieu que je trouve passionnant malgré tout et je suis curieuse.

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  3. Léa Silhol
    août 11, 2019

    Cela ne me dérange pas du tout, évidemment 🙂
    L’échange d’idées est un carburant très écologique 😉

    Il est effectivement *très* rare qu’un libraire rémunère un auteur invité. On le défraye, généralement, (trajet aller / retour) , mais rien de plus. En festival, on nous paie également le restaurant et l’hôtel. Point. Je n’ai pour ma part jamais été « rémunérée » pour une séance de signature en librairie. Je n’ai jamais entendu aucun des auteurs que je côtoie mentionner ce genre d’occurrence. Il est déjà assez dur, le plus souvent, d’être rémunéré pour une intervention en bibliothèque (rencontre, conférence ou lecture publique).
    dans le milieu de la musique, on sait que les artistes ne gagnent pas leur vie sur les ventes des disques (leur % est minuscule) mais sur les tickets de concert et les ventes de goodies lors de ces concerts. Les auteurs n’ont rien de tel.

    Je ne sais pas s’il serait de bon aloi de « publier moins de livre pour en vendre plus ». C’est là une théorie qui était défendue par les éditeurs gros et moyens depuis des lustres, et que je n’ai jamais approuvée.
    Pour moi, cela reviendrait à « coincer le lecteur dans une offre limitée », en se disant que si l’offre est plus restreinte, les affamés viendront piocher par défaut dans notre mangeoire.
    En tant que lectrice, si je ne trouve par une lecture qui correspond à mes envies, je ne lis pas. Je ne prend pas « ce qu’il y a » (comme dans un restaurant où je me rendrais en groupe et n’aurais d’autre choix que de trouver quelque chose qui m’aille ‘à peu près’).
    Il faut garder à l’esprit que l’édition est un milieu concurrentiel. Limiter l’offre avantage toujours les majors. Ce sont ces mêmes structures dont les diffuseurs « achètent » aux libraires et grandes enseignes (sous forme de conditions très avantageuses ou cadeaux) de larges espaces sur les rayons pour leurs poulains. Ce qui revient à pousser des gondoles, littéralement, les concurrents.
    Priver un livre de visibilité est une bonne façon de le saborder, et drainer les ventes ailleurs.
    C’est pourquoi il est très difficile pour les petits structures d’être repérées dans la masse, et de subsister.
    Mais le problème, est-ce la surproduction, ou certaines méthodes de marketing implacables ?
    Jadis, la presse écrite était la grande prescriptrice. Lors de chaque sortie,entre 50 et 200 exemplaires gratuits partaient en Service de Presse vers les journalistes et jurys des prix littéraires. Vers 2002-4, on a constaté une mutation, et c’est le bouche à oreille qui a commencé à prendre la main ; plus particulièrement les avis en ligne et les blogs. La profession s’en est *beaucoup* émue. Comment contrôler ça et tirer son épingle du jeu ?
    Pour ma part, étant parfois trop optimiste, j’ai espéré que cela annonçait une petite révolution, où l’on verrait le *véritable* avis des lecteurs remplacer l’usine à gaz teintée de magouilles de la presse. Mais il suffisait après tout de mettre en place des SP vers les blogueurs pour véroler illico cette nouveauté.

    Il est manifeste — et naturel, selon la loi de la jungle / la société de consommation — que les structures en place pèsent de tout leur poids pour conserver le marché, et sabordent systématiquement tout challenger qui n’est pas en mesure de se défendre à armes égales.
    Faire la part entre la réalité des coulisses de la culture (qui sont *marchandes* et n’ont rien à voir avec l’art) et la façade de cette industrie n’est pas aisé, et constitue souvent un désenchantement.
    Je continue pour ma part à espérer que les lecteurs finiront par secouer le joug, et devenir les véritables prescripteurs. Le crible final, cela devrait naturellement être eux, et non une limitation de l’offre ; ou les magouilles des éditeurs, diffuseurs, libraires et journalistes. Un auteur qui ne se vend pas cesse d’être publié, ou de s’auto-publier. Le tamis est là.
    faut-il encore, comme vous le faisiez remarquer, que le lecteur puisse repérer dans le flux des oeuvres produites celle(s) qu’il jugera digne(s) d’être distinguée(s). C’est une véritable gageure, oui.
    Mais le plus grave est certainement que, même s’il le fait, il cessera de soutenir cette oeuvre / éditeur / auteur s’il ne reçoit pas assez de commentaires / likes / abonnements de lecteurs à ses articles. Les blogueurs se coincent toujours davantage à présent dans une recherche de notoriété, et en viennent à appliquer les mêmes filtres que les éditeurs : il cherchent les auteurs *rentables*.
    Ceci les amène naturellement à couvrir les ouvrages qui ont *déjà* un large public. En terme de « likes » / partages / échos, c’est payant. Culturellement, en revanche, c’est crapuleux. Cela fait *même* d’une activité non professionnelle / de passion / bénévole… un business.

    Ayant longtemps été moi-même une prescriptrice, je me souviens de la joie singulière qu’il y a à débusquer une pépite, la tirer à la lumière pour la faire découvrir au plus grand nombre, et la promouvoir. C’est là évidemment la véritable mission et le plus bel exploit d’un prescripteur (suivre le troupeau et chanter en choeur avec lui n’est pas un grand exploit ; *découvrir et faire découvrir*… c’est autre chose). Il y a là, oui, un grand motif de fierté et satisfaction personnelle.
    Le reste ne consiste qu’à marcher dans le rang avec plus de succès que les autres (vendus).
    Je ne peux évidemment que déplorer de l’écosystème des communautés et/ou espaces personnel de lecteurs ait été ainsi perverti et récupéré.
    Dieu merci il reste encore de vrais lecteurs-blogueurs, comme il reste des bons libraires 😉 et c’est ceux-ci qu’à titre personnel j’aime lire et suivre. Je compte sur eux, à présent qu’écrire me prend trop de temps pour que je puisse suivre l’actualité, pour débusquer les pépites que je lirai demain.
    Mais même les repérer *eux* (ces blogueurs) n’est pas évident. Ne « jouant pas le jeu », ils souffrent du même défaut d’exposition que les auteurs qui ne sont pas propulsés par la grande machinerie éditoriale.
    Nous tournons tous en rond dans le même système, en somme.
    Je n’apprécie véritablement, pour ma part, que ceux qui (lecteurs, éditeurs, libraires, journalistes & blogueurs) décident de ne pas y céder. Ce sont eux, à l’exception de tous autres, que j’aime soutenir.

    Aimé par 1 personne

    • Les Sortilèges Des Mots
      août 11, 2019

      C’est tellement vrai. J’ai personnellement peur des livres qui font le buz sur la blogosphère. Je les évite généralement. je me demande parfois si les blogueurs/booktubeurs n’aiment pas un livre pour l’éditeur ou l’auteur plus que pour le contenu.

      Récemment, on m’a prêté un livre en me disant « tu verras il est génial ». Au bout de 50 pages je n’en pouvais plus. C’était du déjà vu. Rien de bien transcendant. Je préfère chercher ce qui sort des sentiers battus. Je ne dis pas que je ne lis pas de grosses sorties ou que je ne lis pas tous les livres d’un auteur que j’apprécie mais j’aime bien chercher la surprise et la partager (ça marche plutôt bien d’ailleurs). Je discute pas mal avec les blogueuses. On est un petit groupe avec peu d’abonnés mais ça nous va. La course au chiffre met une pression qu’on ne souhaite pas.

      J’ai commencé hier Masshiro ni. J’adore votre plume. Par contre quelle frustration quand j’ai lu qu’il était recommandé de lire le tome 2 avant de continuer le tome 1. Heureusement, il est chez moi aussi. Je pense que vous allez faire partie des auteurs que je vais suivre. En plus vous adorez les musiques asiatiques surtout coréenne. Que dire. Le destin.

      Aimé par 1 personne

      • Léa Silhol
        août 12, 2019

        Les raisons qui font aimer un livre et/ou suscitent un buzz autour de lui sont effectivement complexes.

        Concernant _Masshiro Ni_ désolée pour le petit bout de frustration 😉
        C’est la raison pour laquelle j’ai publié le volume 1 *après* le volume 2. Je pense que cela permet de partager mieux (accompagner) les découvertes des visiteurs non-japonais dans _Hanami Sonata_ et apporte une dimension supplémentaire à la lecture des textes suivant la page « d’avertissement » dans MN. *Mais* cela n’est que mon avis, et un simple conseil. Le lecteur fait ce qu’il veut 🙂 (j’essayetoujours au maximum que le lecteur puisse entrer par à peu près n’importe quelle porte dans mon petit univers).
        Et oui, certes, je suis une grande fan des cultures japonaises et coréennes, musicalement entre autres. C’est donc un grand plaisir pour moi que d’avoir enfin pu mettre en place le pan asiatique de la Trame (et écrire en écoutant du J-rap et de la k-pop… non stop ! 😉 )
        Je vous souhaite une bonne suite dans cette lecture.

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Cette entrée a été publiée le juillet 28, 2019 par dans Amor fati, Création *libre*, Publish or Perish, et est taguée , , , .

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